La dictature des Duvalier,
40 ans plus tard :
mémoires, histoire, héritages

Session 8 – B : Témoigner et résister : survivre à la dictature

6 Février
14h30 - 16h00
C-1017-02

Duvaliérisme et impérialisme

Jean-Claude Icart

Dans un ouvrage paru en 1987 (Négriers d’eux-mêmes. Essai sur les boat people haïtiens en Floride, Montréal, Ed. CIDIHCA), j’avais présenté l’occupation de 1915-1934 et le régime duvaliériste de 1957-1986, comme deux moments forts de la pénétration américaine en Haïti, suite à une comparaison entre les contextes migratoires durant ces deux périodes.

Je me propose d’étayer cette assertion par un retour sur mon vécu durant la période duvaliériste : de 1957, en Haïti même et de 1967 à 1986, dans l’émigration.

Cet exercice devrait permettre de mieux cerner certains enjeux contemporains et donc, d’essayer de dégager des pistes de réponse à ces défis.

Enquête sur le duvaliérisme : le cas de Furie Caraïbe de Stéphane Pair

Emeline Pierre

Situé dans l’Haïti de la dictature duvaliériste et de sa chute en 1986, le roman Furie Caraïbe (2024) de Stéphane Pair interroge les violences d’État, de classe et de genre. La communication analysera comment la structure d’enquête se redessine en dispositif de remémoration et de politisation, au croisement du privé et du collectif. Le face-à-face entre Sybille, survivante du massacre de Jérémie de 1964 et Rosalie Bosquet, cheffe des miliciennes tontons macoutes et figure historique intégrée à la fiction, incarne cette fusion entre le polar et le récit de dictature en mettant en scène une confrontation de deux subjectivités féminines. Il s’agira ainsi de montrer que le roman fait du genre noir un outil pour rendre compte de la terreur politique, des réseaux de narcotrafic et des luttes populaires qui précèdent la chute de « Baby Doc », tout en offrant une scène de justice symbolique que l’histoire haïtienne a en grande partie refusée aux victimes. En association la poétique du polar, les études caribéennes et les enjeux de mémoire, la communication proposera de lire Furie Caraïbe comme une forme de polar politique, où l’enquête devient le lieu d’une possible réparation.

La décrue des ressources humaines sous la dictature des Duvalier en Haïti

Jean-Marie Théodat

Le propos est de montrer que de 1957 à 1986 l’exercice autoritaire du pouvoir a provoqué l’exode continu des ressources humaines vers l’Afrique, le Canada et les USA dans une proportion grandissante à mesure que les moyens de communication deviennent plus aisés et que la taille de la diaspora augmente. Aujourd’hui 85% des Haïtiennes et des Haïtiens titulaires d’un diplôme supérieur ou égal à un Master habitent et travaillent à l’étranger. Comment allons-nous inverser cette statistique, ce qui est la condition du développement d’un territoire avec des ressources humaines propres et bien formées ?

Présidence :
  • George Eddy Lucien, Professeur à l’Université d’État d’Haïti, professeur invité à l’Université d’Ottawa

Biographies

Jean-Claude Icart est chercheur indépendant et ancien professeur associé au Département de sociologie de l’UQAM. Ses recherches portent sur la

reconnaissance et la gestion de la diversité. Il est également reconnu pour son engagement en formation et en accompagnement dans des domaines tels que l’organisation communautaire, les relations interculturelles, l’immigration et les réfugiés, les droits humains et le développement international.

Emeline Pierre est professeure adjointe au Département des littératures de langue française de l’Université de Montréal. Ses recherches portent sur la littérature des Caraïbes, le polar et l’écocritique. Elle a publié différents ouvrages, parmi lesquels Le polar de la Caraïbe francophone (2024), Le caractère subversif de la femme antillaise dans un contexte (post)colonial (2008). Elle a également fait paraître des œuvres littéraires, Bleu d’orage (2010) et Les découvertes de Papille au Bénin (2013). Ses articles récents comprennent « Caribbean and magical-religious thriller : in search of a poetics of the infungible narrative » (2025), « Les contes d’Ida Faubert à l’épreuve de la violence  » (2025), « Les préoccupations écologiques du polar de la Caraïbe francophone » (2023) et « Figures de la violence dans le polar caribéen francophone » (2022).

Jean-Marie Théodat est géographe, agrégé et docteur en géographie. Il est maître de conférences à l’Université Paris-1 Panthéon-Sorbonne et professeur à l’Université d’État d’Haïti. Ses recherches portent sur les aires économiques et culturelles, la mondialisation, la géopolitique, les Antilles et la Caraïbe, Haïti et la République dominicaine, ainsi que sur des thématiques historiques et sociales telles que l’esclavage, la colonisation, les frontières et la créolisation. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont Haïti et la République dominicaine (1804-1916) : une île pour deux (Éd. Karthala, 2003) et Haïti-France : les chaînes de la dette. Le rapport Mackau (1825) (2021)