La dictature des Duvalier,
40 ans plus tard :
mémoires, histoire, héritages

Session 6 : Dictature et violences faites aux femmes

6 Février
10h55 - 11h45
C-3061

La répression sous la dictature des Duvalier : le corps des femmes comme outil de terreur

Chantal Ismé

L’utilisation du corps des femmes comme outil de terreur, est un sujet à la fois profondément historique, politique et social. Il soulève des questions de pouvoir, de sexualité, de violence genrée, et de domination étatique.

Sous le régime dictatorial des Duvalier en Ayiti, la répression se révèle totale, globale. Elle ne vise pas uniquement l’opposition traditionnelle, mais la population d’une manière générale. Elle est féroce, quasi absurde. La terreur devient une arme de contrôle d’apparence invincible.

Partant d’un point de vue situé, une analyse intersectionnelle et sociologique tentera d’éclairer les pourtours de cette question fondamentale : Comment la dictature des Duvalier a-t-elle utilisé le corps des femmes comme un outil de terreur politique et sociale, et pourquoi cette violence genrée reste-t-elle largement invisibilisée dans la mémoire collective haïtienne ?

Des témoignages et des recherches seront mobilisés pour faire émerger ces récits de l’ombre.

Dans un premier temps, nous verrons comment les femmes ont été des cibles spécifiques de la violence politique. Puis, nous analyserons le rôle symbolique et fonctionnel du corps féminin dans la logique du pouvoir dans ce système profondément patriarcal. Enfin, nous examinerons les conséquences durables de cette répression genrée sur la mémoire collective et la société haïtienne. Il importe de lever le silence, de mettre à nu ce moyen de domination en exposant la dimension genrée de la répression. Un travail de mémoire féministe essentiel pour rendre justice à la mémoire des femmes et revaloriser leur résistance.

Être femme et journaliste au temps des carnassiers

Sabine Lamour

Cette communication examine l’engagement journalistique d’Yvonne Hakim-Rimpel, membre fondatrice de la Ligue Féminine d’Action Sociale, à travers un corpus d’articles publiés dans La Voix des Femmes et L’Escale, journal qu’elle a fondé et dirigé. L’analyse se concentrera sur deux textes emblématiques, À moi Général et Vœux de Noël, envisagés comme des prises de parole féministes dans un contexte autoritaire, marqué par la censure et la répression patriarcale. Ces textes seront étudiés comme des formes de résistance à la marginalisation politique des femmes. Cette communication mobilisera également des témoignages de journalistes, des fictions inspirées de sa vie et des entretiens afin de restituer la portée et la persistance de son engagement. Une attention particulière sera portée aux stratégies de neutralisation de son discours dans l’espace public haïtien. Cette réflexion s’inscrit dans la lignée des travaux sur les biographies de femmes en Haïti (Lamour, 2024), en adoptant une approche critique, féministe et historiographique.

Présidence :

Biographies

Chantal Ismé, titulaire d’un diplôme en génie électromécanique avec une double majeure en littérature française, d’une maîtrise en études urbaine, fit également des études au niveau de la maîtrise en développement urbain et régional. Féministe engagée dans la lutte depuis son pays d’origine, Haïti, elle continue à s’y intéresser au Québec, en particulier sur la problématique du racisme et de l’exploitation sexuelle. Ainsi, on la retrouve sur le CA elle a été membre du CA dont elle fut la présidente du Mouvement contre l’Inceste et le viol, elle est actuellement la présidente du CA de la CLES ou elle travailla pendant 9 ans. Elle y a supervisé et participé à des recherches sur le vécu des femmes victimes de l’exploitation sexuelle. Elle est engagée dans la lutte avec Femmes de Diverses Origine depuis 2010.

Sabine Lamour est sociologue, spécialisée en études féministes et de genre dans les contextes haïtien et caribéen. Elle est titulaire d’un doctorat en sociologie de l’Université Paris 8 et professeure à l’Université d’État d’Haïti depuis 2017. Elle a également été professeure invitée à Brown University (États-Unis) et est actuellement chercheuse invitée à l’Institut d’études féministes et de genre de l’Université d’Ottawa. Ses travaux se situent à l’intersection de la sociologie du genre, de l’histoire sociale et des études afro-diasporiques. Depuis plus de dix ans, elle explore les dynamiques des inégalités de genre, les trajectoires sociales et politiques des femmes haïtiennes, les formes de mémoire collective et les héritages de la colonialité, privilégiant une perspective subalterne et transnationale attentive à la production de savoirs dans les mondes noirs et caribéens. Elle est l’auteure de Imaginer le féminisme haïtien : Enjeux théoriques et épistémologiques (2025) et coautrice de Déjouer le silence : Contre-discours sur les femmes haïtiennes (2018), deux ouvrages de référence pour comprendre l’historicité et les recompositions contemporaines du féminisme en Haïti.

Virginie Belony est professeure adjointe au Département d’histoire de l’Université de Montréal et historienne spécialiste des Caraïbes contemporaines. Ses recherches portent principalement sur l’histoire d’Haïti, avec un intérêt particulier pour la pensée intellectuelle haïtienne avant 1957, les récits de mémoire partagée après des périodes de violences étatiques et la construction de la mémoire collective en contexte diasporique. Elle est également directrice de la Revue d’histoire haïtienne, une publication annuelle.